Clair de Lune

English Title: Shame on the Moon.
Spoilers: None.
Rating: 15, for mention of unmentionable body parts!
Warnings:

First Time.  PWP.  Fluff Alert.  m/m kissing

Notes:

This is me experimenting again. See, I had this silly little bunny, all fluffy and childish. He was being such a pain in the neck that I decided to indulge him. What I didn't expect was to see him bring along a twin brother! A French one at that. Believe it or not, spreading out my ineptitude in French is very intimidating for me. There is no J/D French Slash (that I know of), so I don't really have a point of reference to work with here. I would say this is probably a very poor attempt, but I'm glad I tried it. Mind you, the French version is a bit more than a translation. Both versions were written simultaneously; each one feeding the other with ideas and ways to express them. Like I told you, interesting experience. The result is two stories, mirroring each other almost perfectly, and only differing in extremely minute things. In other words, you WON'T miss any crunchy detail if you don't read the French version. ;o) Many thanks to Pepe for the English beta! And many MANY thanks to Lyon for the French alpha and beta!!   


 

Etrange.

Jack se sentait 'étrange'. C'était pour l'instant la meilleure description qu'il était en mesure de donner de son état. Juste... étrange.

Quelque chose en rapport avec Daniel.

Un truc bizarre et énorme et puissant, mais en même temps… un truc bien et tendre et chaud. Quelque chose que Jack était sûr de n'avoir jamais ressenti pour aucun mec auparavant. Remarque, Daniel ne ressemblait à aucun des mecs que Jack connaissait. Il était vraiment à part.

Ca le turlupinait. Ce n'était pas vraiment inquiétant, encore moins effrayant. Car après tout, il s'agissait de Daniel. Rien de bien menaçant ne pouvait venir de son meilleur ami. Certes, le type attirait les ennuis comme un véritable aimant, mais ce truc-là n'avait rien à voir avec le genre d'ennui intergalactique qui semblait être le lot quotidien de l'archéologue. Ce truc-là ne concernait que Jack et ses états d'âme.

Et ça aussi c'était nouveau. S'emmerder la vie avec cette sorte de questions existentielles. Depuis quand Jack se préoccupait-il de ses états d'âme ? Il devenait une vraie chochotte ces temps-ci, et il soupçonnait un certain petit génie aux idées larges, à la fibre sensible, et accessoirement amateur de gaufres, d'en être responsable. Mais bon, ce n'était pas grave. Ca allait. Daniel avait le chic pour ouvrir les portes; c'était plus ou moins ce qu'il avait toujours fait pour Jack - il lui avait ouvert de nouveaux horizons, créé de nouveaux problèmes...

Mais cela n'expliquait pas ce sentiment étrange.

Ca lui faisait penser à...

Après avoir passé une bonne minute à tourner et retourner l'idée dans sa tête, Jack arriva à la conclusion que... Si Daniel avait été une femme - et avec des 'si' comme ça, on pouvait aller loin - Jack aurait dit qu'il se sentait amoureux d'*elle*. Bizarre. Ca n'avait ni queue ni tête. Parce que de toute évidence, Daniel était un mec, ce qui excluait a fortiori tout sentiment amoureux. C'était donc forcément autre chose.

Une forte rafale de vent glacé secoua la tente et Jack se pelotonna un peu plus dans son sac de couchage. Putain de planète où on s'les gèle.

Le froid mordant, la neige épaisse, les rations tiédasses passaient encore, mais il détestait ce putain de vent qui coupait en deux. Ca lui tapait sur le système, le maintenant dans un état de veille permanent. Il y avait quand même un bon point concernant P3C-1313. C'était sa lune - cette même lune dont Carter lui avait rabattu les oreilles depuis qu'ils étaient arrivés. Le splendide satellite était énorme et se trouvait très près de la planète; il brillait comme un soleil pâle au beau milieu de la nuit, sa lumière se réfléchissant sur le manteau neigeux. C'était magnifique, irréel, magique, totalement saisissant... Bizarre.

Peut-être était-ce de là que provenait le sentiment étrange de Jack.

Il jeta un coup d'oeil hors de son sac de couchage. Daniel était toujours tourné sur le côté, lui faisant face - de très près. Ce qui était assez inhabituel.

Non, en fait la proximité en elle-même n'était pas inhabituelle. Daniel avait toujours été... 'câlin'; ce qui n’avait cessé d’amuser Jack. Se réveiller avec un gaillard d'1m80 collé à son flanc et bavant dans son oreille, avait un charme tout particulier, typique à SG-1. Daniel avait été terriblement embarrassé au début, et Jack en avait terriblement profité pour emmerder son ami. Mais au fil des ans, c'était devenu normal, attendu. Et même assez sympa. C'était juste du Daniel tout craché. Il était câlin. C'était attendrissant et mignon tout plein, certainement pas quelque chose que Jack aurait pu lui reprocher. En fait, Jack se doutait qu'il commencerait à s'inquiéter si Daniel cessait d'être câlin.

Mais ici, ce qui était inhabituel, c'était que Jack pouvait voir son compagnon de chambrée. La pâle lumière argentée qui filtrait à travers la toile et baignait l'intérieur de la tente lui permettait de voir Daniel... sous un nouveau jour. Littéralement.

D'habitude, il n'avait pas l'occasion d'observer le jeune homme pendant son sommeil. Ca ne se faisait pas. Généralement, il ne faisait même pas attention à son ami. La seule vision qu'il en avait au petit matin était celle d'un archéologue grognon, aux yeux bouffis et de mauvais poil, coiffé comme un pétard. Le Daniel, avant sa première tasse de café, n'était vraiment pas fréquentable.

Mais ici, il pouvait en fait voir Daniel. Le voir, réellement. Voir son visage, si paisible au repos. Si...

Jack essaya de trouver un autre terme que celui qui lui vint spontanément à l'esprit.

Il observa longtemps les traits de son ami. Les sourcils parfaitement arqués, les paupières satinées, les longs cils sombres. Son regard se posa ensuite sur les courbes douces de sa bouche aux lèvres pleines. Le froid les avait légèrement gercées et Jack avait envie de les caresser de ses doigts pour apaiser la peau meurtrie.

Tous les mots lui venant à l'esprit étaient ridicules, gnan-gnans, parfaitement incongrus si vous entendez décrire votre meilleur ami.

Mais il l'était, n'est-ce pas ?

...Beau.

Quelque part, ce genre de pensée, lorsqu'on avait le visage de l'homme en question sous les yeux, ne semblait pas si déplacé. Mais ça l'était. De toute évidence.

Jack pouvait encore sentir ce truc étrange vibrer dans sa poitrine. Ce sentiment qui aurait pu être de l'amour si Daniel avait été une femme.

Mais Daniel était un mec. Avec tout l'équipement nécessaire, aucun doute là-dessus. Non pas que Jack ait jamais vraiment porté une quelconque attention à l'équipement de son meilleur ami, mais bon, en partageant des douches communes, on ne peut s'empêcher de remarquer certains détails. Comme des organes génitaux forts bien développés. Ou une paire de fesses à faire pâlir d'envie une statue callipyge. Cela ne prêtait à aucune conséquence. Le fait que Jack se soit demandé à plusieurs reprises si le délectable postérieur était aussi ferme qu'il en avait l'air, si Daniel le prendrait mal si Jack vérifiait par lui-même, tout cela ne signifiait rien. Ce n'étaient que des gamineries dans les douches. Rien de plus.

Après toutes ces années, Jack avait fini par considérer Daniel comme un frère. Un agaçant, brillant, emmerdant petit frère. Plus qu'un frère, en fait. Car il y avait certaines choses qu'il confiait à Daniel, qu'il n'aurait jamais partagé avec un membre de sa famille. En y réfléchissant bien, on aurait pu dire que Daniel était son alter ego. Un autre lui-même.

Mais différent.

Ce qui bien sûr n'avait aucun sens.

Jack fit la grimace dans son sac de couchage.

Daniel était si proche de lui, il le comprenait comme seul un frère pouvait le comprendre - dévoué et tolérant. Mais Daniel était aussi sur un pied d'égalité avec Jack. Tout aussi fort, tout aussi doué et tout aussi têtu, seulement avec une façon très différente d'envisager les choses.

Donc ils étaient différents, mais pour ainsi dire pareils.

Jack poussa un soupir d'impatience tout en se demandant ce que Carter avait bien pu mettre dans sa ration pour qu'il ait de telles conneries lui trottant dans le ciboulot. Qu'est-ce qu'on s'en foutait de savoir ce que Daniel représentait pour lui ? Pourquoi martyriser ses pauvres neurones surgelés avec une question aussi vide d'intérêt ? Daniel était Daniel, un point c'est tout. Son meilleur ami. Sa famille. Sa raison de vivre

Merde.

D'où ça sortait, ça.

Sa raison de vivre ? C'était pas un peu extrême ? Jack mit la théorie à l'épreuve. Il essaya d'imaginer un SGC, un monde, une vie sans Daniel.

Pas de linguiste pacifique pour leur tirer les marrons du feu face à des indigènes en colère. Pas d'archéologue en déveine à tirer des griffes de monstrueux kidnappeurs. Plus d'interminables briefings sur l'architecture byzantine (et bizarrement cela aurait dû être un plus... mais ça ne l'était pas). Personne pour le faire penser en dehors des sentiers battus. Personne pour le sermonner vis-à-vis de ses sarcasmes inappropriés. Personne à gonfler avec sa manie de prétendre être plus con que ce qu'il ne l'est. Personne pour s'opposer à lui quand il agit comme un trou du cul. Personne avec qui partager son côté gamin. Personne à faire rire.

Morne perspective.

Sans Daniel, Jack se rendit compte qu'il n'avait plus personne à protéger, plus personne à sauver. Personne à aider. Personne pour l'aider, non plus. Les autres n'avaient pas vraiment besoin de lui; il était juste leur officier supérieur. Un bon officier, certes, mais remplaçable. Daniel, en revanche... Daniel comptait sur lui, personnellement. C'est lui que Daniel appelait lorsqu'il était en danger, lui qu'il appelait lorsqu'il avait besoin d'aide.

Si Daniel n'était pas là, Jack n'aurait pas de raison de se sentir utile, nécessaire. Plus de raison de franchir la Porte des Etoiles. Plus de raison de...

Mince.

Jack était-t-il si pathétique que ça ?

Apparemment.

Et merde.

La tente trembla encore sous une nouvelle rafale. Daniel, les yeux fermés, fronça les sourcils, renifla, se frotta énergiquement le nez en marmonnant quelque chose du style, 'Saleté de vent. Putain de planète où on s'les gèle'.

Jack ne put que sourire en contemplant sa ronchonnante raison de vivre.

"Daniel ?" murmura-t-il. "T'es réveillé ?"

"Non." La réponse était étouffée mais sans équivoque.

"Ouais, moi non plus."

Une pause.

"T'aurais pas des barres au chocolat ?" Jack chuchota bien fort.

"Je dors," Daniel fit remarquer, avec un soupçon de mauvaise grâce.

"Okay, fais pas attention à moi alors," dit Jack en se redressant, toujours emmailloté dans son sac de couchage. "Je vais les chercher moi-même dans ton sac." Avec ça, il se mit à ramper vers le sac de Daniel comme une grosse chenille, écrasant tout sur son passage.

"Ca va, c'est bon, je suis réveillé !" annonça Daniel, avec un soupir de défaite. "Putain, Jack, pousse-toi de là, tu m'écrases les jambes ! Je vais te le chercher ton chocolat."

Daniel s'assit et se pencha vers le sac qui était à ses pieds, contre la tente. Maugréant, grelottant de froid et essayant malgré tout de rester un maximum à l'intérieur du sac de couchage, il tritura la fermeture éclair et finit par repêcher une barre pour son soi-disant meilleur ami, à qui il la balança.

"Tiens, prends ça. Et empiffre-toi en silence maintenant."

"Merci, Daniel," ânonna Jack, faussement penaud. Il s'allongea de nouveau sur le côté pour manger son goûter.

"En silence," Daniel répéta, alors qu'il se tortillait dans son duvet pour se refaire un cocon bien chaud.

Pendant une minute, Jack grignota sa barre chocolatée en regardant son meilleur ami essayer de se rendormir. Ce qui était bien sûr peine perdue.

Le sentiment étrange était toujours là, mais il se fondait maintenant avec un autre sentiment bien plus familier: le 'j'ai bien envie d'emmerder Daniel'. Une des meilleures choses qu'il ait été donné à Jack de ressentir ces derniers temps.

"On n'arrive pas à dormir ?" dit-t-il, avec un brin de malice.

Un regard bleu meurtrier répondit à sa question dans l’irréelle clarté.

Jack rangea le papier de sa barre chocolatée et s'enfonça plus profondément dans son sac de couchage.

"Tu veux qu'on discute ?" Jack proposa, plein de bons sentiments.

Daniel ferma les yeux et pria pour que la grosse chenille ferme sa gueule. Pas d'bol. Jack ne respectait aucune règle.

"Parce que, tu sais... J'ai pensé à des trucs." Jack attendit que son linguiste morde à l'hameçon.

Silence.

"Je veux dire... J'ai des pensées bizarres, ces derniers temps," Jack dit avec circonspection. Peut-être que Daniel pourrait l’aider à définir son sentiment étrange ; Daniel pourrait sûrement lui donner un sens raisonnable.

Les yeux bleus s'ouvrirent lentement, pleins d'intérêt et d'interrogation. Daniel fronça légèrement les sourcils, mouilla de sa langue ses lèvres sèches... Et là Jack se rendit compte que ce n'était vraiment pas une bonne idée.

"Oui, euh... des questions... profondes… du style... A quoi ressemblent les Furlings ? Et... ce genre de truc." Génial ; bien rattrapé, O'Neill.

Daniel cligna des yeux, à mi-chemin entre incrédulité et inquiétude.

"C'est pas grave," Jack dit en se mettant sur le dos. Il remonta les bords de son duvet pour échapper au regard soudainement inquisiteur de son meilleur ami.

Le vent cinglait toujours les parois de leur tente mais un silence inconfortable régnait maintenant entre les deux hommes.

Daniel se mit en appui sur son coude et se pencha au-dessus de Jack pour mieux le voir.

"Accouche," ordonna le grand linguiste.

"Que dalle."

"Quel est le problème ?"

"Y a pas de problème; c'est juste cette foutue lune. Trop de lumière."

"C'est ça ton problème ?"

"Ouaip."

"Vraiment?"

"Ouaip."

"Tu crois vraiment que je vais avaler ça ?"

"Ou... Non ! Eh !" Jack passa en mode défensif.

"Jack, quelque chose te dérange et ce n'est pas la lune," Daniel dit calmement. "Accouche."

Jack resta allongé, là, à se perdre dans les yeux de Daniel. Ils étaient si clairs dans cette étrange lumière pale et argentée. Si clairs et si... prenants. Profonds. Enveloppants.

Jack sentit son gosier s’assécher et il reconnut enfin ce sentiment bizarre. Si ça fait coin-coin et que ça marche en canard…

C’est l’Amour.

Il était pas dans la merde.

Comment expliquer à son meilleur ami qu’on est apparemment amoureux de lui, du genre ‘j’ai une de ces envies de te coller ma langue au fond du gosier !’ Que l’on veut le prendre dans ses bras et l’aimer, dans tous les sens du terme.

Et maintenant il ne pouvait détacher ses yeux de la bouche de Daniel. Les lèvres étaient gercées ; elles seraient probablement un peu rugueuses, douloureuses… mais en dessous, il y aurait sa langue, douce. Des lèvres fraîches et râpeuses, puis une langue chaude et douce… à goûter, à étreindre, à emmêler avec la sienne. Jack se perdit en contemplations.

Les secondes s'écoulèrent et Jack resta immobile, observant l'homme qu'il avait vu tous les jours de sa vie ces dernières années. L'homme qu'il n'était pas sûr maintenant de pouvoir continuer à voir tous les jours s'il ne pouvait le faire sien.

D'autres secondes s'écoulèrent et Daniel resta immobile; il demeurait suspendu au-dessus de Jack, essayant de comprendre. Une autre seconde. Puis une autre. Puis une autre jusqu'à ce que Daniel oublie toute raison et se penche pour poser ses lèvres sèches sur celles de Jack.

Le baiser fugace eut à peine le temps de s'enregistrer dans le cerveau de Jack, que Daniel se redressa brusquement, les yeux emplis d’effarement - Ohmondieujepeuxpascroirequejeviensdefaireça.

La main qui fusa du sac de couchage de Jack et tira Daniel à nouveau vers le bas, les surprit tous les deux.

Après ça, ils oublièrent d'être surpris.

Ils étaient trop occupés à s'embrasser.

*fin*

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